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Le château de Pupetières

Le château de Pupetières

 

C’est l’occasion pour nous de faire connaissance avec un site exceptionnel.

 Une histoire ancienne, associée à Chabons

            Au XIIIe siècle, la branche cadette de la famille de Virieu décida de s’installer 5 kilomètres plus loin, à Chabons, afin d’y construire son propre château dénommé château de Pupetières. A la Révolution française, leurs descendants durent se réfugier en Suisse, à Coppet (près de Genève), chez des cousins, suite à la destruction et à la confiscation de leurs biens. De retour au Grand-Lemps, La Marquise de Virieu, veuve de François-Henri de Virieu mort en 1793, pendant le siège de Lyon, décida de racheter les terres auxquelles sa famille était tant attachée,  respectant peut-être alors la devise familiale Virescit vulnerus virtus, la blessure accroît le courage.

            Mais il ne restait que des ruines de Pupetières : trois tours seulement s’élevaient encore. Le jeune Aymon de Virieu, fils de la marquise,  et son condisciple et ami d’enfance un certain…Alphonse de Lamartine eurent l’occasion de savourer, entre 1803 et 1819, au cours de leurs nombreuses balades à cheval, un paysage typiquement romantique, propice aux rêveries de deux Enfants du Siècle. « Le Vallon » (1819) célèbre poème de Lamartine, illustre, s’il en est besoin, combien les lieux pouvaient inspirer ces jeunes gens.

            Ce n’est que plus tard (entre 1861 et 1866) qu’Alphonse de Virieu, fils d’Aymon, décida de confier la reconstruction de Pupetières à Etienne Darcy pour les communs et surtout pour le château lui-même à Eugène Viollet-le-Duc, architecte à qui l’on doit aussi la restauration de Notre-Dame de Paris ou des remparts de Carcassonne. On le sait, Viollet-le -Duc  fut le chef de file du mouvement néo-médiéval de la fin du XIXe siècle. Son génie prit toute son ampleur lors de cette (re)construction. Un ensemble néo-gothique de 7000 mètres carrés émergea : des murs de galets, bordés à l’ouest par des douves, enserrent un avant-corps en saillie de forme hexagonale qui marque l’entrée. Sept tours coiffées en poivrière et les célèbres tuiles écailles vernissées- issues de la tuilerie qui fit d’ailleurs la fortune de la famille- achèvent un ensemble harmonieux, écrin d’un mobilier néo-gothique acheté ou conçu spécialement et d’œuvres d’art, le tout judicieusement choisi pour occuper un château, mémoire de son passé médiéval et témoin de la renaissance des Arts Décoratifs au XIXe siècle. Stéphanie de Virieu, la tante d’Alphonse (sœur d’Aymon), peintre et sculpteur, laissa à son tour de nombreuses œuvres (des peintures, de très beaux meubles ou la sculpture du manteau de la cheminée) encore conservées au château. Les tapisseries issues des manufactures royales de Beauvais, les nombreuses boiseries, les fameuses fresques en  drapé (dans l’escalier) caractéristiques des restaurations de l’architecte, les décors mêlant marbre, briques et bois, les salons et chambres tous plus somptueux les uns que les autres, s’ajoutent à une bibliothèque fournie de plus de 45000 précieux ouvrages.

Alphonse de Virieu racheta en 1874 le château de Virieu qui n'appartenait plus à la famille depuis le XIIIe siècle.

            Amateur d’art, de voyages, et de découvertes scientifiques, la famille de Virieu n’eut de cesse de compléter, avec un goût très sûr, les collections de son château conçu en définitive comme un musée. Wilfrid, le fils d’Alphonse, époux d’Elisabeth de Noailles, se passionna ainsi pour les sciences, notamment pour le ballon aérostatique et la photographie, et se procura, à la fin du XIXe siècle, une surprenante machine, conservée dans la bibliothèque,  permettant déjà de visionner des images en 3D !

            Lamartine et Stéphanie de Virieu ne furent  pas les seuls artistes à être inspirés par les lieux. Le peintre pré-impressionniste, Jongkind, séjourna à plusieurs reprises (de 1873 à 1877) chez M. Fesser, cuisinier à Pupetières et fils de sa compagne, Joséphine, dans la maison désormais appelée la maison Jongkind. Anna de Noailles, poétesse et romancière, rendit aussi souvent visite à Wilfrid et Elisabeth de Virieu, dont elle était la belle-sœur. Son recueil, Les Eblouissements (1907), rend compte de ses séjours en Isère.

 

Le Château de Pupetières

L’ouverture au public : entre tradition et modernité

            L’histoire du  château de Pupetières connaît un tournant en 2006 lorsque par le comte Jacques  de Virieu, son neveu, Aymar de Virieu, déjà gestionnaire de patrimoine historique et culturel pour l’Institut de France, hérite du domaine. Une première ouverture au public à l’occasion des Journées du Patrimoine de 2008 s’avère un véritable succès. Aymar et Isabelle de Virieu se lancent alors, comme l’ont toujours fait les différents propriétaires des lieux, soucieux de protéger le domaine des injures du temps, dans d’importantes restaurations, nécessaires même lorsque l’état général reste satisfaisant. Le Pays de Bièvre-Valloire a d’ailleurs subventionné en partie la restauration de l’ancienne tour-chapelle.

            Une nouvelle ouverture au public est programmée pour l’été 2009 et les prochaines Journées du Patrimoine. C’est avec lucidité que M. de Virieu justifie sa démarche: « Je ne suis que le dépositaire de ce château, nous explique-t-il, et je me dois certes de le préserver, comme l’ont fait mes ancêtres,  mais il me faut aussi permettre à tous, et notamment aux jeunes générations, de découvrir et de s’approprier un lieu si chargé d’histoire. »

            Il n’est pas question pour l’actuel propriétaire, attaché à un patrimoine vivant, de pétrifier son domaine. Il fourmille de projets : la collaboration avec une école d’architecture, la restauration des communs en salle de réception et d’exposition, l’organisation d’une fête des plantes, et l’élaboration d’un jardin romantique, …accompagneront de régulières manifestations culturelles.

            Ainsi Aymar de Virieu, poète du patrimoine « un peu fou » (selon ses propres termes, mais il en faut de la folie pour se lancer dans une telle entreprise), conciliant respect du passé et goût pour la modernité, se veut bien entendu acteur de la vie culturelle et patrimoniale sur notre territoire de Bièvre Est mais aussi partenaire de l’activité économique d’une région à laquelle sa famille est liée depuis plus de 10 siècles. Finalement, le tournage à Pupetières, en 2006, du film de Pascal Thomas, Le Crime est notre affaire (avec Catherine Frot, André Dussolier, Claude Rich et Chiara Mastroianni) adapté d’un roman d’Agatha Christie, n’illustre-t-il pas, à sa façon, cette nouvelle dynamique culturelle et économique ?

            Alors n’hésitez pas à venir découvrir au plus vite le Château de Pupetières, situé sur la commune de Chabons, et ses multiples trésors ; venez admirer son parc, écrin de verdure, dans lequel se dresse une tour-chapelle non loin d’un étang. Venez à votre tour flâner près des collines boisées et du Vallon Vous ne regretterez pas votre visite !

Infos pratiques sur l'ouverture du château

Accès :

Depuis le giratoire de Burcin, direction Virieu-sur-Bourbre (D73)

Entrée :

Gratuit pour les enfants de moins de 12 ans

Tarif réduit (groupes, étudiants…) : 5 €

Tarif unique : 6 €

 

Découvrez le guide sur Pupetieres aux éditions du Patrimoine .

Ce guide est réalisé par Arnaud Timbert spécialiste de Viollet le Duc, maitre de conférences en Histoire de l'art, Stéphanie Diane Daussy, Docteur en histoire de l'art, directrice du bureau d'études patrimoniales Arthémis  et la participation de Gérard Dalmaz Journaliste ... .

Alphonse de Lamartine à Chabons

Voici comment Alphonse de Lamartine raconte lui-même une anecdote concernant le village de Chabons :

 

Ce vallon est situé dans les montagnes du Dauphiné, aux environs du grand Lemps; il se creuse entre deux collines boisées, et son embouchure est fermée par les ruines d'un vieux manoir qui appartenait à mon ami Aymon de Virieu. Nous allions quelquefois y passer des heures de solitude, à l'ombre des pans de murs abandonnés que mon ami se proposait de relever et d'habiter un jour. Nous y tracions en idée des allées, des pelouses, des étangs, sous les antiques châtaigniers qui se tendaient leurs branches d'une colline à l'autre. Un soir, en revenant du grand Lemps, demeure de sa famille, nous descendîmes de cheval, nous remîmes la bride à de petits bergers, nous ôtâmes nos habits, et nous nous jetâmes dans l'eau d'un petit lac qui borde la route. Je nageais très-bien, et je traversai facilement la nappe d'eau; mais, en croyant prendre pied sur le bord opposé, je plongeai dans une forêt sous-marine d'herbes et de joncs si épaisse, qu'il me fut impossible, malgré les plus vigoureux efforts, de m'en dégager. Je commençais à boire et à perdre le sentiment, quand une main vigoureuse me prit par les cheveux et me ramena sur l'eau, à demi noyé. C'était Virieu, qui connaissait le fond du lac, et qui me traîna évanoui sur la plage. Je repris mes sens aux cris des bergers.
Depuis ce temps, Virieu a rebâti en effet le château de ses pères sur les fondements de l'ancienne masure. Il y a planté des jardins, creusé des réservoirs pour retenir le ruisseau du vallon; il a inscrit une strophe de cette méditation sur un mur, en souvenir de nos jeunesses et de nos amitiés; puis il est mort, jeune encore, entre les berceaux de ses enfants.


Le célèbre poème « Le Vallon », inspiré par Pupetières est extrait des Premières Méditations poétiques :


Mon cœur, lassé de tout, même de l'espérance,
N'ira plus de ses vœux importuner le sort;
Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance,
Un asile d'un jour pour attendre la mort.
Voici l'étroit sentier de l'obscure vallée:
Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais,
Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée,
Me couvrent tout entier de silence et de paix.
Là, deux ruisseaux cachés sous des ponts de verdure
Tracent en serpentant les contours du vallon;
Ils mêlent un moment leur onde et leur murmure,
Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.
La source de mes jours comme eux s'est écoulée;
Elle a passé sans bruit, sans nom et sans retour:
Mais leur onde est limpide, et mon âme troublée
N'aura pas réfléchi les clartés d'un beau jour. […]

 Pour en savoir plus, découvrez le site du Château de Pupetières.


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